L’exposition a eu lieu du 16 novembre 2018 au 20 mai 2019.
Le Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère – Maison des Droits de l’Homme était le premier musée en France à dédier une exposition au système de travail forcé soviétique. Et nous, en tant qu’association, sommes fiers d’avoir été partenaire et d’avoir contribué à son organisation. C’était un projet qui nous tenait particulièrement à cœur depuis notre première rencontre avec Tatiana Kursina, ex-directrice du Centre mémorial Perm-36, en 2011 en Russie.
Tatiana Kursina et Irina Galkova, directrice de l’association Mémorial de Moscou, ont été présentes à l’inauguration et, dans ce cadre, ont donné la conférence sur le thème « Transmettre la mémoire du Goulag » au Palais du parlement sur la place Saint-André à Grenoble.
Retrouvez le programme de l’exposition dans toute son integralité.
Souvenirs de Serguei Adamovitch KOVALEV sur la vie quotidienne dans le camp Perm-36 – personnage principal du film documentaire « La Chasse au pangolin » présenté lors de l’exposition
« Ils nous mettaient dans l’isoloir (CHIZO) où il faisait très froid. Dans l’isoloir, nous avions un régime nutritionnel spécial appelé 9B. Le plat chaud était servi un jour sur deux et en quantité réduite. Les jours sans plat chaud, nous avions seulement de l’eau bouillante, du pain et 7 grammes de sel. Dans ces conditions-là, le corps humain commence à s’épuiser. Il consomme d’abord les stocks de graisses. En prison, ils s’épuisent assez vite. Ensuite, le corps maintient ses capacités vitales grâce aux protéines. La bouche commence à sentir l’acétone. Vous êtes en train de manger petit à petit vos propres muscles. Il se passe la même chose lorsqu’on fait une longue grève de la faim. Si vous subissez le régime 9B pendant deux termes d’affilé, c’est-à-dire un mois, vous commencez à puer l’acétone. »
« Les repas étaient insuffisants et de mauvaise qualité. Quant à moi, j’avais l’impression de ne pas avoir faim. Si tu reçois un repas complet et non pas en quantité réduite et si en plus tu reçois un colis ou si on te file quelque chose lors d’une visite avec des proches, alors dans ces cas-là tu peux survivre. Quand je me suis vu sur la photo du document de sortie je ne me suis pas reconnu. J’ai vu un crâne couvert de peau. Ce qui était plus ou moins comestible en prison était la soupe du déjeuner. Il devait y avoir de la viande qui, bien sûr, n’y était pas. Pourtant on avait droit à 50 grammes de viande par jour. La soupe était préparée à base d’os mais même les os étaient enlevés de la soupe. Mine de rien c’était une bonne soupe. Tout le reste ne serait pas comestible pour une personne lambda. »







